Notre colère est politique : osons l'exprimer davantage
A l’occasion du 8 mars, ne pourrait-on pas réhabiliter la colère, qui plus est la colère féminine ? Historiquement, cette émotion est d’abord assimilée à l’un des sept péchés capitaux ou à l’une des quatre humeurs régissant le corps et l’esprit selon la théorie d’Hippocrate ou bien encore à une manifestation difficilement contrôlable de la passion. Cette émotion est pensée comme étant plutôt l’attribut des femmes et elle est perçue négativement car jugée excessive et de l’ordre de l’hystérie. Cela aboutira au 19ème siècle à sa psychiatrisation. L’excellent livre d’Adèle Yon, « Mon vrai nom est Elisabeth », montre bien comment la colère des femmes était considérée comme une maladie mentale alors qu’elle n’était que l’expression d’une réponse à l’oppression que les femmes subissaient.
Depuis, des femmes ont manifesté leur désaccord contre cette répression de la colère et invitent à considérer la colère comme une ressource et un moyen d’en finir avec la culture de la domination et de la peur. Le mouvement #MeToo s’inscrit dans cette dynamique. Il s’agit alors de vanter une colère saine, celle qui donne de l’énergie pour s’affirmer et favorise le bon déroulé d’une relation.
La colère, dès lors qu’elle s’exprime de manière appropriée, peut être source d’énergie créatrice au service du changement. Elle devient outil politique. Elle permet de dire non et ainsi de dénoncer des injustices : la colère de Greta Thunberg fait comprendre au grand public l’urgence climatique ; Salomé Saqué incarne le visage d’une jeunesse en colère qui s’engage pour un futur plus désirable.
Alors, nous aussi, acteurs et actrices de l’ESS, manifestons davantage notre colère. Nous avons des raisons de l’être : notre modèle solidaire est menacé. Faute de financements suffisants, nous ne pourrons pas continuer très longtemps à accompagner de manière digne les personnes les plus vulnérables dont les femmes. Les associations alertent d’ores et déjà car « ça ne tient plus », les associations pour les droits des femmes étant particulièrement touchées.
Nous subissons par ailleurs une injonction à la dépolitisation de nos associations, ce qui met à mal notre rôle démocratique et ajoute une menace envers la cohésion sociale. Tête de réseau de l'ESS en Bretagne, la Cress se retrouve dans une situation à l'image du secteur : elle doit revoir ses objectifs stratégiques sous la contrainte économique et ne pourra sans doute pas continuer à explorer autant, défricher, innover socialement. Cela aura inévitablement des conséquences sur tout le travail mené avec les acteurs ESS et partenaires pour davantage d’égalité et de solidarité en Bretagne, ce que nous ne pouvons que déplorer.
Alors, osons exprimer notre colère, mobilisons-nous et osons dire « non » !
Fabienne Colas
Vice-Présidente Justice sociale de la Cress Bretagne, Présidente de la Mutualité Française de Bretagne
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Illustration : La boîte graphique


















